Des cèdres aux glaciers, sur les traces des patrouilleurs libanais

Des cèdres aux glaciers, sur les traces des patrouilleurs libanais


Des cèdres aux glaciers, sur les traces des patrouilleurs libanais

Valais. La Patrouille des glaciers lâchera ses premiers concurrents dans la montagne cette nuit. Parmi eux, une
équipe libanaise. Rencontre

Sous la très haut perchée cabane Bertol, à 3000 mètres et des poussières, face au majestueux Pigne d’Arolla et au
mont Collon, Raja boit la tasse. «Ce paysage, ces gens qui nous accompagnent, c’est plus beau encore que ce que j’
avais
imaginé.» Raja Saade a l’allure modeste et le discours discret. Mais les apparences sont trompeuses. Il redescend
de
Tête Blanche (3700 mètres). Et il y est monté en trois heures et demie, un temps plus qu’honorable, vu son
équipement.
Il porte des chaussures de ski alpin. Pas franchement la panacée pour les ascensions.

De plus en plus d’équipes étrangères participent à la Patrouille des glaciers. Parmi les concurrents, certains
prennent leur premier contact avec la neige valaisanne aujourd’hui. Raja n’avait jamais quitté le Liban jusqu’à ce
jour. Et le voilà immergé dans la splendeur alpine, en balade d’acclimatation sur les hauts d’Arolla avant la
grande
aventure.

De l’aéroport de Genève à Sion, devant quelques extraits de propreté et de méticulosité helvétiques, il avait eu le
verbe poignant: «Ce que je pense de la Suisse pour l’instant? Que ça a l’air d’être un vrai pays.» Référence aux
complications géopolitiques qui tourmentent le sien, de pays, à intervalles réguliers.

Là, sous les glaciers, que pense-t-il de la Suisse? «On a des montagnes, chez nous aussi. Mais la plus haute
culmine
à 3080 mètres. Il faudra s’habituer à l’altitude…» Aux côtés de Raja, Guy Richard et Laurent Perruchoud, deux ex-
vainqueurs de la Grande Patrouille (Zermatt-Verbier) qui encadrent les équipes étrangères, n’ont aucun doute sur
les
bonnes prédispositions du Libanais à courir la PDG. Langage du cru pour qualifier le mental de Raja: «C’est un
crocheur.»

La PDG accueille dans ses rangs 197 patrouilles étrangères, mais c’est la première fois qu’une équipe libanaise se
présente au départ. Il y a, derrière cette participation, une histoire d’amitié entre les deux pays. Une sorte de
camaraderie par le sport, née dans le cadre de l’organisation de la Patrouille des cèdres (PDC). La PDC est un
remake
de la PDG au Liban. Elle a été initiée par Maxime Chaya, coéquipier de Raja, sous le patronage de la Patrouille des
glaciers et de la Confédération. Maxime est une sorte d’aventurier au grand cœur, un play-boy au teint hâlé, qui
mène
des expéditions aux pôles et sur des sommets mythiques. Il est aussi, accessoirement, le premier Libanais à avoir
gravi
l’Everest. Pendant que Raja multiplie les petits boulots au pays, Maxime court le monde pour des conquêtes glacées.
«Un
jour où je me promenais sur la Haute Route entre Chamonix et Zermatt, j’ai vu des gens s’entraîner comme des fous.
Je
leur ai demandé pourquoi. Quand j’ai su ce que c’était, la PDG, j’ai voulu faire la même chose chez nous. Nos
jeunes
ont besoin de modèles. D’autres modèles que ces politiciens qui font tomber le pays toujours plus bas…»

La première PDC a eu lieu début mars. Elle a remporté un beau succès. Et il était convenu que les meilleurs teams
libanais participeraient à la grande sœur de l’épreuve en Suisse. Raja et Maxime courront en catégorie «militaire
internationale». Ils sont accompagnés de deux compatriotes (ndlr: la PDG se court par équipes de trois, mais on
prévoit
un patrouilleur de réserve) élevés à la persévérance et au grand air, bourrés d’histoires à raconter aussi. Francis
Christian, l’un d’entre eux, est un plongeur explorateur de talent, qui peut mettre à son crédit la découverte d’un
fameux navire de la marine britannique, leHMS Victoria,coulé au large de Tripoli en 1893.

De retour à Arolla. L’ambiance est bon enfant sur la terrasse de l’hôtel Mont-Collon, un des quartiers généraux de
la
Patrouille des glaciers. On échange sur le sport. Sur le bonheur du grand air. Sur la légitimité ou non d’une
organisation pharaonique comme la PDG sous la bannière de l’armée.

Le colonel Hans-Georg Lüber, responsable de l’encadrement des patrouilles étrangères, fait un peu d’histoire pour
les
Libanais: «Après un accident tragique qui a fait trois morts (ndlr: les trois malheureux disparurent dans une
crevasse), en 1949, l’épreuve a été stoppée jusqu’en 1984.» A l’époque, rappelle-t-il, la PDG servait à l’
entraînement
des troupes alpines sur les frontières montagneuses. Certains ne voient plus aucune légitimité à la patrouille
aujourd’
hui. Le colonel Lüber n’est pas de ceux-là, évidemment. Maxime, de son côté, prétend que la compétition, par son
aura
et sa «dimension exceptionnelle», véhicule une «image radieuse, un message de paix par le sport».

Sous le soleil du haut val d’Hérens, Dany Mhanna récupère lentement de sa journée là-haut. Le quatrième membre de l’
équipe n’est pas allé jusqu’à Tête Blanche aujourd’hui. Bertol a suffi à l’exaucer. Mais la sortie du jour a permis à
l’
équipe de jauger ses ambitions. Pour elle, ce sera le «petit» parcours (entre Arolla et Verbier). «Le but, c’est de
repartir avec un bon souvenir», insiste Maxime. «On va quand même crocher. Je dis toujours ça aux jeunes que je
rencontre: si vous finissez dernier en ayant donné le maximum, vous ne finissez pas dernier. A chacun son Everest…»
Pour boucler son Everest à lui, Raja devra tout de même se trouver une autre paire de chaussures.

Xavier Filliez

Légende photos:
Maxime Chaya (au centre), chef d’équipe et directeur de la Patrouille des cèdres, s’entraîne pour la Patrouille des
glaciers. La première Patrouille des cèdres a eu lieu en mars dernier.

plan berchtold, 13 avril 2008

photos: olivier maire/photo-genic.ch

© Le Temps, 2008. Droits de reproduction et de diffusion réservés.

tags: maxime chaya, patrouille des cedres, patrouille des glaciers, pdg, pdc, lebanon, lebanese, switzerland, backcountry, ski, snow, mountain, mountaineering

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